Le Risorgimento : naissance d’une nation

Héros romantique, père fondateur du royaume d’Italie, symbole de la lutte révolutionnaire, aventurier, tour à tour républicain et monarchiste : qui était vraiment Giuseppe Garibaldi ?
En 1833, le jeune Giuseppe Garibaldi (il est né en 1807 à Nice) adhère à Giovine Italia, « Jeune Italie », une société secrète fondée par Mazzini. Ce dernier le charge d’une expédition qui tourne mal. Condamné à mort, il fuit jusqu’à Rio de Janeiro et, pendant les treize années de ce premier exil (1835-1848), combat au service de la jeune République du Rio Grande do Sul contre l’empire du Brésil, et avec les libéraux d’Uruguay contre les « Blancs » du dictateur argentin Rosas.
C’est la naissance des « chemises rouges », en 1843, qui lui donne légitimité politique et élan populaire. Les Argentins menaçant d’assiéger Montevideo, le général Paz mobilise toutes les bonnes volontés, y compris étrangères. Garibaldi réorganise les troupes qu’il habille d’une tunique rouge, la légendaire « camicia rossa ». Il s’impose comme un chef de guerre et, dès 1847, les « chemises rouges » sont des fidèles réunis par le désir de rentrer en Italie et d’y faire triompher l’idéal républicain. Le retour ne tarde pas, sur un Vieux Continent embrasé par les mouvements révolutionnaires de 1848 et l’éveil des nationalités.
En 1848, l’Italie est encore cette « expression géographique » qu’évoquait Metternich en 1815, au congrès de Vienne. L’élan national trouve comme adversaires les Autrichiens à Milan et à Venise, les Bourbons à Naples et en Sicile, et le pape à Rome. Et c’est avec l’aide de Charles-Albert de Piémont 1841-1849, le roi « libéral », que Garibaldi mène le combat, jusqu’à la signature par Charles-Albert de l’armistice avec l’Autriche le 9 août 1848.
S’ouvre alors une période d’errance pour Garibaldi qui fomente de nouveaux complots, est arrêté à Gênes, se rend aux États-Unis, à Londres, en Amérique centrale et en Chine. Rentré en Italie en 1854, Garibaldi multiplie les signes de ralliement à la monarchie piémontaise. Le 4 avril 1860, une révolte anti-napolitaine éclate à Palerme ; le roi Victor-Emmanuel et son ministre Cavour refusent l’envoi de deux régiments mais n’entravent pas le départ de Garibaldi. Dans la nuit du 5 au 6 mai 1860, Garibaldi embarque près de Gênes, avec plus de mille volontaires. Les « chemises rouges » pénètrent dans Palerme à la fin du mois. En quelques semaines, Garibaldi est maître de l’île. L’expédition s’achève, en septembre 1860, par une entrée victorieuse dans Naples, la capitale du royaume des Bourbons.
Cette aventure, lourde de conséquences pour l’unité italienne, sera sans lendemain pour son héros : la conquête des États du royaume des Deux-Siciles profite à Victor-Emmanuel, roi de Piémont-Sardaigne, que Garibaldi salue, le 26 octobre 1860, lors de la fameuse entrevue de Teano du titre de « roi d’Italie ». Après l’annexion de la Sicile, le rattachement de la Toscane et la proclamation du royaume d’Italie en mars 1861, il ne manque plus au pays que Venise et Rome pour achever son unité. C’est, pour Garibaldi qui avait des visées sur Rome, un demi-échec politique, une victoire inachevée. C’est aussi une désillusion pour ses partisans siciliens : nulle révolution, nulle réforme agraire ; les révoltes paysannes sont même réprimées par les « chemises rouges » dans le duché de Bronte.
Malgré ses limites sociales et politiques, « l’épopée des Mille de Marsala » acquiert force de mythe. L’expédition de Sicile apparaît comme l’un des événements fondateurs du royaume nouvellement unifié : elle permet d’associer le discours démocratique du chef, la soif romantique d’exploits et de conquêtes de ses troupes, et le souci de rationalité politique de ses puissants commanditaires.
Élu député de Rome en 1874, il s’y installe pour mener à bien son projet de bonification du Latium par le détournement des eaux du Tibre ; il préside en 1879 la Ligue de la paix et de la liberté qu’il a créée avec l’anarchiste russe Bakounine, le radical suisse James Fazy et le socialiste français Charles Longuet.
Il met un terme à sa carrière politique par un dernier coup d’éclat, en démissionnant, deux ans avant sa mort, de sa charge de député : il ne veut pas figurer « parmi les législateurs dans un pays où la liberté est foulée aux pieds ». Le 2 juin 1882, il meurt et, après des funérailles officielles, le 26 juin, à Caprera, on recouvre sa dépouille d’une énorme pierre tombale représentant un rocher, face à la mer et portant pour seules mentions gravées le nom de Garibaldi et l’étoile des Mille.
Garibaldi l’aventurier © Gilles Pécout, Les Collections de L’Histoire n° 50, janvier-mars 2011.
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JuryGilles Pécout est président de la Bibliothèque nationale de France (BNF) depuis 2024. Historien du XIXe siècle, spécialiste de l’Italie et de la Méditerranée, docteur habilité à Sciences-Po Paris, il est professeur des universités à l’Ecole normale supérieure (Ulm) où il a dirigé le département d’histoire. Il est notamment l’auteur de Naissance de l’Italie contemporaine 1770-1922 (traduit : Il Lungo Risorgimento). Actuellement membre du conseil d’administration du CNRS, il est vice-président du conseil de l’INHA, membre du bureau du Festival d’Automne à Paris et est depuis 2013 conseiller scientifique à la télévision publique italienne et intervenant aux émissions Il Tempo e la Storia et Passato e Presente RAI 3 et RAI Storia. Recteur de l’académie de Nancy-Metz, puis de l’académie de Paris, il a aussi été ambassadeur de France en Autriche de 2020 à 2024, après avoir été l’un des trois rédacteurs du Traité franco-italien du Quirinal chargé des questions d’éducation, de recherche et des échanges culturels et numériques.
Crédit photo : @Anthony-Voisin-BnF
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Valérie Hannin
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