Jean-Noël Jeanneney

Jean-Noël Jeanneney

Président d'honneur du festival

Nous en sommes presque surpris nous-mêmes : avoir tant attendu pour traiter, à Pessac, de ce thème magnifique ! Heureusement tout vient à point qui sait attendre. Notre « sœur transalpine » : la formule est parlante. Elle dit une distance géographique qui s’est manifestée souvent, affective et politique, des deux côtés des Alpes, dans la paix et dans la guerre, au fil de nos différences et parfois de nos affrontements. Mais elle parle tout autant de l’intimité de nos échanges culturels et du magnifique rayonnement de l’Italie dont nous nous sommes, en France, constamment, enrichis, avec gratitude, au long des âges. Dans tous les domaines de la culture, assurément, mais du côté du cinéma au premier chef. Pour s’en persuader, s’il en était besoin, il suffira de voir rassemblés ici un magnifique échantillon de la filmographie italienne, qui est hors de pair et qui a si souvent nourri et inspiré la nôtre. Pour les historiens et les cinéastes, dans leur précieux dialogue, va surgir une profusion de réflexions, d’analyses et d’émotions. Au service, peut-être, d’une meilleure compréhension de la péninsule. Avec la chronique de son unité, conquise à coups d’épée contre tant de résistances et avec les rémanences de ses particularités régionales, par-delà les combats héroïques pour construire une nation : notre esprit jacobin en prend difficilement la mesure. Nous allons naviguer entre les tentations de la dictature qu’a incarnées le fascisme irrédentiste et les réveils valeureux de la démocratie. Entre les éclats de la violence et les sérénités de la beauté qui continuent de fournir à la création artistique un décor sans pareil. Entre le dérèglement des mafias et la vaillance de ceux qui l’ont combattue et parfois refoulée. Entre le poids du catholicisme, parfois écrasant et la vitalité des spiritualités inspirantes. Entre un humour débridé qui réjouit les cœurs par sa force particulière et les sombres angoisses que charrient des passions mauvaises. Entre l’accueil généreux à bien des malheurs individuels et des crispations identitaires qui peuvent inquiéter. Fermons les yeux : une foule d’images que nous ont offertes, dans le passé, sur nos écrans le cinéma italien, surgissent derrière nos rétines Et voici qu’une occasion nous est offerte de les rajeunir, de les enrichir, de les transfigurer.  Avec, merveilleuses silhouettes, bien des acteurs et actrices qui font partie de notre paysage familier. Cette occasion-là, nous n’allons pas la laisser échapper et voici, pour nous tous, bien des bonheurs à attendre.

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